Jeûne, régime cétogène et cancer ?
- 21 mars 2023
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Dernière mise à jour : 27 mars 2023

Introduction :
« Le jeûne consiste à s’abstenir de tout aliment (solide et liquide), à l’exception de l’eau, pendant une période plus ou moins longue » ; « Le terme jeûne englobe plusieurs types de cures et de jeûnes : jeûne complet (ou total), jeune partiel (ou cures), jeûne continu ou intermittent, etc.» (INSERM). Cependant, le jeûne comme thérapie adjuvante à la chimiothérapie est de plus en plus proposé mais est-ce vraiment efficace ?
Quand une molécule de glucose rentre dans une cellule, elle va subir certaines modifications menant à la création d'une autre molécule nommée pyruvate, on appelle cette réaction la glycolyse. Sans oxygène, le pyruvate va être converti en une autre molécule nommée le lactate, permettant de renouveler la réaction précédente, on appelle cela la glycolyse anaérobie. Cependant, s'il y a de l'oxygène, le pyruvate sera transporté dans la mitochondrie afin de subir d'autres modifications dans le but de régénérer de l'énergie de façon beaucoup plus importante.

1) L'effet Warburg :
L'effet Warburg est un mécanisme qui explique que les cellules tumorales, contrairement aux cellules saines, utilisent de préférence la glycolyse anaérobie, même lorsque le corps a assez d'oxygène à disposition. La cellule va donc générer beaucoup de lactate afin de "régénérer" la réaction précédente, diminuant ainsi le pH. Malheureusement, un pH réduit "conférerait" un micro-environnement propice à la prolifération des cellules tumorales (PMID : 26778478).

2) Le Jeûne serait-il la solution ?
Lors d'une phase de jeûne, le corps réduit très fortement la dégradation du glucose (glycolyse) et favorise la dégradation de composés non glucidiques comme les acides gras afin de générer de l'énergie. Ce type d'effet est plus ou moins similaire pour le régime cétogène. Ainsi, le jeûne ou la non-consommation de glucose permettait-il d'éviter la prolifération tumorale détaillée précédemment ?

3) Résultats sur l'animal :
Les résultats des études chez l’animal ne sont pas homogènes : certains suggèrent un effet protecteur et une amélioration de l’effet des chimiothérapies par le jeûne intermittent, d’autres une absence d’effet, voire une réduction de l’efficacité. Quelque unes suggèrent une amélioration de la tolérance des traitements. Cependant, est-ce que ce genre d'effet se réplique chez l'homme ?

4) Résultats chez l'Homme :
Les résultats de l'étude de Safdie montre seulement une amélioration de la fatigue. L'étude de De Groot concernant l'effet de la chimiothérapie et du cancer du sein ne montre pas d'effet différent de toxicité entre le groupe pratiquant le jeûne intermittent et le placebo. Le régime cétogène met également le corps dans "un état de jeûne", réduisant la glycolyse au profit de la dégradation des acides gras ainsi que d'autres molécules, les corps cétoniques. Mais est-ce vraiment utile ?

5) Et le régime cétogène ? :
Les résultats d'une méta-analyse de 2021 ne montrent pas d'effet anti-tumoral significatif du régime cétogène tout en exposant le manque de preuve évidente.
6) Les recommandations nutritionnelles actuelles pour lutter contre le cancer :

Conclusion :
En résumé, la pratique du jeûne ou de régimes restrictifs présente un risque d’aggravation de la dénutrition et de la sarcopénie (perte de masse musculaire), deux facteurs pronostiques péjoratifs reconnus. Actuellement, il n’y a pas de preuve chez l’Homme d’un effet protecteur du jeûne en prévention du cancer à l'heure actuelle.




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