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Alimentation générale, vraiment riche en pesticides ?

  • 15 mars 2023
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 août 2024


Introduction :


Le terme « pesticide » est un type de composant utilisé pour protéger les cultures et empêcher leur destruction par une maladie ou une infestation. Il comprend : les herbicides, les fongicides, les insecticides, les acaricides, les régulateurs de croissance et les répulsifs.


Néanmoins, depuis ces dernières années, l’image des pesticides est assez entachée via de nombreux rapports faisant part des dangers de ces derniers lors de fortes expositions. Mais quand est-il des résidus de pesticides retrouvés dans les aliments.

Par ailleurs, lorsqu’on a des enfants, on veut limiter au maximum les dangers sur leur santé. Ainsi, devenons-nous privilégier de façon systématique les aliments pauvre en pesticides (BIO) comparé aux aliments infantiles conventionnels ?


  1. Les aliments sont-ils vraiment riches en pesticides ?


L’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a lancé une étude afin d’analyser les résidus de pesticides dans la population européenne et les résultats montrent que 94,9 % des 88 000 échantillons d'aliments collectés en UE en 2020 se situaient dans les limites autorisées. Pour les 5.1 % des échantillons dépassant cette limite, 3.6 % étaient non conformes, les autres étaient conformes en tenant compte des incertitudes.


Pour faire simple, il y a une limite permettant de détecter les traces de pesticides même si la concentration est souvent risible, on appelle cela la LOD ou limite de détection. En effet, la technologie actuelle permet de détecter assez facilement les traces de pesticides même à de très faible concentration, mais cela rend-il néfaste les aliments ? La LOQ ou limite de quantification représente, elle, la plus faible concentration dans un échantillon qui puisse être quantifiée avec une fidélité et une justesse acceptables dans des conditions expérimentales indiquées.





En réalité, pas réellement. Si on se base exclusivement sur des traces négligeables de pesticides pour faire des recommandations, cela n'a pas concrètement de sens car les pesticides ne sont parfois même pas quantifiables.




  • Mais du coup, si des pesticides sont détectés c’est pas forcément problématique mais s’ils sont quantifiés c’est différent ?


  • Alors, bonne question ! Pour comprendre cela il faut revenir un peu en arrière.


  1. Rappel :


On a au départ, la NOAEL ou dose maximale d'une substance qui n'induit aucun effet nocif détectable dans une population qui y est exposée. Après cela, on divise la NOAEL par 10 ou par 100 et on a la DJA ou Dose Journalière Admissible qui permet d’évaluer une exposition chronique par voie orale. Puis, on divise encore par 10 ou par 100 la DJA et on obtient la LMR ou limite maximale en résidus, elle se définit par la concentration maximale admise sans risque pour la santé même si cette quantité est consommée chaque jour toute la vie de l'individu.


Ainsi, si on ne dépasse pas la LMR fixée pour chaque pesticide, les risques toxicologiques seront probablement faibles. Ainsi, dire que dans certains aliments, des pesticides sont quantifiés, ne veut pas forcément dire qu’il dépasse la LMR et donc qu’ils sont potentiellement néfastes.




2) Qu'en est-il des produits infantiles ?


Pour ce qui est des aliments infantiles analysés durant l’étude de l’EFSA, 91% n’étaient pas quantifiables. Des résidus quantifiés ont été trouvés dans 6,5 % des cas, au-dessus de la limite quantifiable (LQ) mais en dessous de la limite maximale en résidus. (LMR). Pour ce qui est des taux de dépassement des LMR, seulement 1,7 % (29 échantillons) ont été signalés.


Fait intéressant, sur la majorité des aliments infantiles analysés dans l'étude (580 aliments), la part d’aliments biologiques était beaucoup plus importante (413 aliments) mais elle n’était pas exempte de résidus de pesticides pour autant.


  • Mais du coup, l’alimentation biologique ne serait-elle pas plus bénéfique pour la santé ?


3) Le BIO ça ne serait pas mieux ?


Mais du coup, manger BIO ça ne serait pas mieux pour la santé ? C'est ce que prétend un article du "Monde", via une récente étude d'Harvard qui montrerait que les effets bénéfiques des fruits et légumes sur la santé sont atténués à cause des résidus de pesticides. Cette étude a utilisé un protocole innovant via le croisement des données de 3 cohortes avec celles du Département américain de l’agriculture sur la détection de résidus de pesticides. Ils en ont conclu que les résidus « pourraient diminuer » le bénéfice de la consommation de fruits et légumes. Néanmoins, en plus d'être la première à évaluer de cette manière les résidus de pesticides sur la santé, cette étude comporte certaines limites.


Pour commencer, on sait que certaines études peuvent comporter des biais mais cela peut être compensé via diverses mesures ou ajustements. Or, aucune mesure des résidus de pesticides présents dans le sang ou l’urine des participants n’a été faite afin de compenser les erreurs potentielles. De plus, aucune information sur les quantités réelles de pesticides consommées ainsi que sur le reste de l'alimentation des participants (qualité, quantité…,) n'étaient disponibles.


Les dernières données montrent que la consommation de fruits et légumes réduit de façon importante le risque de mortalité totale, cardiovasculaire et le risque de mortalité par cancer. Les chercheurs ont estimé que 5,6 et 7,8 millions de décès prématurés dans le monde en 2013 pourraient être attribués à une consommation de fruits et légumes < 500 et 800 g/jour



Mais le glyphosate, celui-là, il est partout et il est vraiment nocif non ?


Les dernières données de l'EFSA montrent que dans les 14 125 échantillons alimentaires étudiés pour le glyphosate, les résultats indiquent que dans 97,4 % des échantillons, le glyphosate n'était pas quantifiable. Dans 2 % des échantillons, le glyphosate a été quantifié à des niveaux inférieurs à la LMR.


La DJA du glyphosate est estimée à 0,5 mg/kg de poids corporel/jour. Les seuils pour un consommateur de 60 kg correspondent donc à une absorption quotidienne de 30 mg de glyphosate. Les analyses récentes montrent que l'exposition alimentaire au glyphosate dans la population est d'environ 1 µg/L dans les urines soit < à 1% de la DJA .


Pour les aliments infantiles, le glyphosate a été analysé via un échantillon d'aliments transformés à base de céréales pour nourrissons et enfants en bas âge (c'est-à-dire dans un échantillon de biscuits, biscottes et biscuits pour enfants), la LMR était dépassée mais conforme.





Conclusion :


La littérature soutient qu'une alimentation riche en végétaux est bénéfique sur la santé sans forcément donner une supériorité aux aliments BIO. Évidemment que consommer des aliments BIO, locaux, fait dans son jardin est peut-être plus "idéal" mais pour ce qui est de la santé, les différences ne semblent pas significatives à ce jour.


De plus, cela n'est pas accessible pour tout le monde, que ce soit une question de temps ou d'argent. Alors bien sûr, la production agricole conventionnelle utilise plus de pesticides que l'agriculture BIO; l'effet sur l'environnement est un enjeu d'actualité mais le " boycott" à la consommation de fruits et légumes sur cet aspect précis est malheureusement contradictoire avec des objectifs de santé publique.


Références :


Aune, D., Giovannucci, E., Boffetta, P., Fadnes, L. T., Keum, N., Norat, T., Greenwood, D. C., Riboli, E., Vatten, L. J., & Tonstad, S. (2017). Fruit and vegetable intake and the risk of cardiovascular disease, total cancer and all-cause mortality—a systematic review and dose-response meta-analysis of prospective studies. International Journal of Epidemiology, 46(3), 1029–1056. https://doi.org/10.1093/ije/dyw319


Cabrera, L. C., & Pastor, P. M. (2022). The 2020 European Union report on pesticide residues in food. EFSA Journal, 20(3). https://doi.org/10.2903/j.efsa.2022.721503


De Sécurité Des Aliments, A. E. (2022, March 30). Pesticides in food: latest report published. Autorité Européenne De Sécurité Des Aliments. https://www.efsa.europa.eu/fr/news/pesticides-food-latest-report-published


Foucart, S. (2022, May 25). Les résidus de pesticides pourraient annuler le bénéfice sanitaire des fruits et légumes. Le Monde.fr. https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/05/24/les-residus-de-pesticides-pourraient-annuler-le-benefice-sanitaire-des-fruits-et-legumes_6127426_3244.html


Glyphosate : l’Anses fait le point sur les données de surveillance. (2024, April 30). Anses - Agence Nationale De Sécurité Sanitaire De L’alimentation, De L’environnement Et Du Travail. https://www.anses.fr/fr/content/glyphosate-l%E2%80%99anses-fait-le-point-sur-les-donn%C3%A9es-de-surveillance


Sandoval-Insausti, H., Chiu, Y., Wang, Y., Hart, J. E., Bhupathiraju, S. N., Mínguez-Alarcón, L., Ding, M., Willett, W. C., Laden, F., & Chavarro, J. E. (2022). Intake of fruits and vegetables according to pesticide residue status in relation to all-cause and disease-specific mortality: Results from three prospective cohort studies. Environment International, 159, 107024. https://doi.org/10.1016/j.envint.2021.107024

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